Silence Mortel


L'horloge murale affichait à 5 minutes près minuit. Fortuna se réveilla en sursaut. Une voix étrange mais aussi familière venant de quelque part lui disait :
- Lève-toi, Fortuna. Va voir ce qui se passe dehors, j'ai besoin de toi !

Irritée et angoissée, elle descendait à pas de chat l'escalier et ouvrit la porte d'entrée de la maison.
Fortuna ne connaissait pas encore bien l'environnement, puisque c'était seulement le deuxième jour qu'elle y habitait.
Elle vivait seule depuis que son compagnon l'avait quittée : Elle était veuve.
Le vent s'engouffre devant elle et semble constituer des voix. Avait-elle vraiment entendu des voix, imagination ou mauvais rêve ?
Puis soudain un silence mortel tomba sur elle. Le vent s'était arrêté de jouer l'imitateur de voix.
Seuls quelques pétales tombés à terre bougeaient encore comme de petits êtres en train de danser.

Un chat noir s'approchait et s’arrêta pile devant elle. Son sentiment de peur monta en degrés.
Les yeux du chat vert brillant se reflétaient dans le candélabre.
Le chat ne bougeait pas.
Tout d'un coup, il tourne la tête un quart de tour vers la droite. Puis son dos se courbe, il souffle fort et s'enfuit comme si sa vie en dépendait.
Surprise Fortuna regarde vers la droite. Elle ne voit rien d'étrange.
Toujours en pensant au chat qui semblait soudain fuir, elle se dirige vers le banc devant la maison. Elle s’assoit.
- Qu'est- ce qu'il avait vu, ce chat ?

Le banc se trouvait sur le bord d'un chemin de promenade, avec vue sur un ancien moulin. Malgré la nuit, elle constata qu'il n'y avait pas de vie, même les lames ne bougeaient pas.
Elle sait que le moulin a été utilisé pour traiter le papier, mais elle ne savait pas si le moulin était encore productif.
Elle s’interroge avec la curiosité qui lui est propre : aller voir ce moulin, qui est peut-être le mystère de ces étranges sentiments.
Avec prudence, elle se dirige vers la bâtisse, tout en regardant autour d'elle pour voir s'il y a quelqu'un.
À plusieurs reprises, elle s’arrêtait pour retourner vers la maison pour se mettre à l'abri. Mais sa curiosité gagnait sur sa peur.
Arrivée devant le moulin, elle chercha la porte d'entrée.

Elle la trouvait cachée derrière un gros buisson. C'était certain, il y avait longtemps que ce moulin était abandonné.
En écartant le buisson,e elle se coupe avec une branche. Son bras saignait sérieusement.
Elle était obligée de couper une bande de tissu en bas de sa chemise de nuit, qu'elle porta en-dessous de son peignoir pour en fabriquer un bandage.
Elle n'était pas surprise que la porte de l'ancien moulin ne fut pas verrouillée, une simple pression suffisait à ouvrir la porte.
Un moment, elle pensait qu'à nouveau elle entendait des voix, ou plutôt une voix. Mais d’où venait cette voix ? Un vagabond ? Ce serait normal, puisque à l'intérieur du moulin il faisait moins frisquet qu'au dehors, d'autant plus que s'il y pleuvait, il fallait mieux être à l'abri.
Elle essayait de mieux écouter, mais la voix semble avoir disparu. Était-ce son imagination à nouveau ?

La curiosité de Fortuna gagnait à nouveau sur sa peur et elle continua dans l'obscurité. Le plancher craquait tellement qu'elle craignait passer au travers.
Elle rechercha un mur, pour essayer de se soutenir. Puis elle se heurta contre un objet rectangulaire et dur. Par le toucher elle essayait de découvrir ce que cela pouvait être. Il semblait que c'était un pilier d'escalier. Situation normale, puisque dans un moulin il y a très souvent plusieurs étages. En effet, il y avait un escalier.

Les yeux de Fortuna s'étaient doucement habitués à l'obscurité de la nuit, et elle pouvait mieux voir autour d'elle. Aussi sur une vieille table recouverte de poussière, elle découvrit un vieux journal, une boîte d'allumettes et une bougie.
Dans la lumière de la bougie, elle prend le journal, le secoua pour enlever la poussière et essaya de lire l'article en haut de la page.

"Accident dans le vieux moulin délabré, la fille tombe du premier étage."

Maintenant c'était certain, il semblait que ce n'était pas une bonne idée d'aller en haut par l'escalier. Même avec une bougie.
Puis elle revint vers l'entrée, elle se fit la promesse de revenir le lendemain, mais cette fois-là avec une lampe de poche.
Mais soudain, elle entend à peine à quelques centimètres de son visage un fort gémissement.
Elle sursauta de peur et tomba en arrière sur le dos. Quand elle ouvrit les yeux, elle regardait droit dans les deux yeux vert brillant. C'était une fois encore le même chat noir.
Elle se dressait péniblement pour essayer de s'enfuir, mais elle sentit qu'elle était surveillée.
Peut-être le vagabond avec un énorme couteau, parce que il ne veut pas être dérangé...
Elle observa maintenant une silhouette à moins de deux mètres d'elle. Malgré sa peur, elle se retourna et tenait de prendre contact avec l'ombre. Sans succès.
Puis elle voit en un éclair le chat noir courir vers l'extérieur et dans la même seconde, l'ombre avait disparu.
Elle courait au plus vite vers la maison, sauta dans son lit sans enlever son peignoir en se couvrant pour ne plurien voir. Elle se sentait ainsi en sécurité, comme dans son enfance. Mais, quand même, si cette fois ce n'était pas une rêve ?
Après quelques minutes, elle tomba presque dans un profond sommeil. Mais sous ses couvertures, elle avait trop chaud , elle suffoquait par manque d'air.
Fortuna repoussa un peu les couvertures et regardait l'heure sur son réveil.
Il était minuit moins 1 minute. Le dateur affichait le 23 juillet 2002.

C'était irréel. Toute cette histoire s'était déroulée en si peu de temps ? Avant d'aller au moulin il était minuit moins 5, c'est-à-dire onze heures et cinquante-cinq minutes. C'était seulement quatre minutes plus tard !!
Pourtant, sa blessure, la robe de nuit déchirée, c'était bien réel !
Mais le journal ! Le journal datait du 24 juillet 2002. Ce journal, ce vieux journal ne pouvait pas exister. C’était le journal de demain !

À nouveau, elle entendait des voix, ou plutôt une voix. Une voix qui avait une similitude certaine avec la voix de son défunt compagnon et lui disait cette fois-ci claire et compréhensible :
- Viens maintenant, ne pars plus. Je t'attendais. C'est l'heure.
Puis il fut silence.
Un silence mortel.