Il y a quelque part un endroit où tout le monde a droit à la parole. Pas seulement des humains, mais aussi les poissons, oiseaux, insectes, les mammifères, bref tous le animaux.
Mieux encore, les objets fabriqués avec amour par les mains-mêmes de l'artisan ont également le parole, puisque dans ce lieu de quelque part, on estime que certains objets qu'on a connus avec l'âme de bien faire, ont eux aussi une âme. Et tout le monde le sait, quand tu as le bénéfice d'une âme, tu as la capacité de parole.
Ce qui m’amène à te raconter l'histoire du porteur d'eau nommé Félicie.

Félicie est un homme vigoureux, travailleur et ayant une âme pure, il est le bien-aimé de beaucoup de monde.
Félicie occupe le temps qui lui est attribué dans ce monde à faire plaisir à ses prochains. Un plaisir utile d 'ailleurs, puisqu' il est porteur d'eau dans un quartier de la ville où les gens n'ont pas d'eau potable dans les tuyaux et aux robinets.
Il exerce son métier avec beaucoup de zèle avec l'aide de deux amphores avec chacune une anse pour mieux les porter.
L'une des amphores est quasiment neuve, fabriquée par son petit frère contre sa volonté, puisque selon ce petit frère, il avait autre chose à faire que fabriquer des amphores pour son frère. En plus, c'est le problème de son frère s'il ne se fait pas payer pour porter l'eau.
Lui, petit frère, n'avait aucune envie de mouler la glaise à l’œil.
Bref l'amphore était bien fonctionnelle, mais c'était un objet sans âme.

L'autre amphore fut fabriquée par le grand-père de Félicie, un homme avec une grande âme. Ce qu'il faisait dans sa vie, il le faisait avec du cœur et de l'amour. Il aimait faire du bien autour de lui. D'ailleurs c'était lui qui portait l'eau pour les pauvres gens en premier.
Quand grand-père ne pouvait plus faire le bien autour de lui, il appela son unique fils pour que la tradition du portage d'eau se poursuive dans sa famille. Malheureusement, le fils estimait qu'il n'était pas fait pour cette corvée et qu'il pouvait abîmer ses beaux vêtements.
Il proposa d'appeler son fils à lui, c'est-à-dire le petit-fils Félicie. Ce garçon bon à rien, que son épouse avait nommé Félicie comme sa grand-mère. Pour un garçon, quand-même, c'est le pompon !
Bref, Félicie accepta. Désormais, c'était lui le porteur d'eau.
C'est donc évident que l'amphore du grand-père avait une âme, donc la parole !
L'amphore avait aussi quelques petites fissures, signes du temps passé. Rien de grave, mais il y avait quelques pertes d'eau pendant la route du portage.

Au bout de quelques temps, l'amphore de grand-père avait un peu honte pour toutes ces pertes d'eau, et voulait s'excuser auprès de Félicie :
- Pardonne-moi, mon bon Félicie, mais je commence à être vieille, c'est peut-être l’occasion de me remplacer par une nouvelle.
- Mais pourquoi ? Répondit Félicie.
- Parce que je perds tous les jours d'avantage d'eau !
Félicie promettait de donner sa réponse le lendemain.

Le lendemain, tout en portant de l'eau, il s'adressa à l'amphore, candidate à la déchetterie :
- Tu vois ? Sur ce chemin tout du long, il y a de très jolies fleurs. Ces fleurs sont toutes d'un seul côté. C'est-à-dire de ton côté. Tous les jours tu penses que tu perds de l'eau. Moi, je te dis c'est faux. Regarde, c'est toi qui arrose les fleurs, c'est grâce à toi qu'elles fleurissent aussi belles. Leur beauté est la nourriture de l'âme. C'est donc aussi grâce à toi que le bonheur existe !