Matoufix avait pris domicile dans l'épicerie et dépôt du pain au village. L'épicier Bertrand fervent admirateur des chats l'avait accueilli avec fanfare et caresses.
Comme souvent dans les épiceries et boulangeries à l'ancienne, beaucoup de clandestins ont également pris domicile à l'arrière boutique, logique, parce que les souris et autres rongeurs trouvaient largement de quoi remplir leur ventre.
Tout était en rose pour la vie de ses rongeurs clandestins jusqu'à l'arrivée de Matoufix. Superbe matou de belle taille et agile comme un félin peut l'être.
Désormais les souris ne pouvaient plus se déplacer tranquillement sans courir le risque de se faire dévorer. Aussi l’ancêtre et chef des rongeurs, une vieille souris mais encore de belle envergure, convoqua tout le monde en réunion par SMS, pour ne pas provoquer de danger par les déplacements de chacun.

Après plusieurs tweets et textos, ils étaient tous d'accord pour dire qu'il fallait se débarrasser du chat. Sauf que personne n'avait la solution de quelle  manière procéder.
Les discussions allaient bon train, et à force de partager les constatations de chacun, ils étaient encore une fois tous d'accord pour dire qu'un chat se déplace en principe sans faire de bruit.
Le grand problème était bien là ! On se faisait bouffer sans le savoir ! Ou bien trop tard ! L'une des souris proposa de mettre une cloche autour du cou du chat. Mais aucun rongeur ne se voyait volontaire pour s'acquitter de la tache. Le compagnon du chef souris, déjà plusieurs fois grand-père, spécialiste des chats matous, cervelle de son compagne de chef, caractère fort, parce que déjà plusieurs fois attrapée par le chat, puis libéré par la pertinence de ses paroles et de ses actes, proposa alors une stratégie.
Il suffisait que l'ensemble de la population parte en vacances chez leurs cousins souris du fermier Grand Joseph. Il a un chien tellement méchant, qu'aucun chat ne veut rester chez le fermier.
- Mais on ne pourrait plus revenir chez nous ? demanda son compagne de chef. *
- Justement, c'est là mon plan. Un matou qui ne fait plus rien, parce que il n'y a plus de souris, dormira le plus de son temps, pour le reste il mange, mange et mange encore des croquettes et autres pâtés.
Il deviendra gras, gros et incompétent. Il sera lourd comme un cochon et lent comme un escargot. Il nous laissera tranquille.

C'est ainsi que les souris décidèrent de partir vers le Grand Joseph pour trouver les cousins avec leurs sources de nourriture dans un pays sans chat. Quant à Matoufix, il a bien grossi depuis qu'il se nourrit avec des croquettes et de la pâtée piquée dans les friandises. Et comme il n'avait plus grand chose à faire, il dormait presque tout le temps.

Puis plus tard, toute la famille et les alliés de la grande chef avec sa compagnon sont retournés chez l'épicier Bertrand. Le chat était allongé comme une pièce de musée. Il faisait désormais du lard. Les souris satisfaites de leur stratège se sont mises à table pour un festin mémorable et copieux avec du pain bien frais et croustillant.