Il y a quelque part un petit village au pied d'une chaîne de montagnes. L'un des personnages célèbres et connu par tout le monde s'appelle Olivier, une sorte de vagabond et fou du village, qui était souvent invité par les agriculteurs à venir manger. C'était un peu leur porte-bonheur pour avoir une meilleure récolte.

C'était le tour d'Albert Frontignan d'inviter Olivier à partager un poisson pêché le matin même par le père d'Albert, le vieux Émile Frontignan.
Olivier, heureux devant ce grand morceau de poisson, préparé avec maestro par Colette, la femme d'Albert. Il attaqua le morceau avec toute la ferveur de quelqu’un qui semblait être affamé.
Mais quel malheur, Olivier avala une arrête de travers et commençait à s'étouffer. Rien n'y fut, ils avaient beau taper sur le dos d'Olivier, mettre le doigt dans sa bouche, rien ! Olivier rendait l'âme quelques minutes plus tard avec un visage tout rouge.
Albert et Colette étaient tristes, mais surtout morts de trouille. Et si on les accusait de meurtre ? Ou de négligence ayant entraînée la mort ? Aller en prison ? Jamais ! Et les enfants, la ferme ?
Rapidement, Albert prit une décision. Son plan était clair comme la roche. Il savait que Dimitri son voisin était à la ville, donc il a traîné Olivier jusqu'à sa maison, et le posa contre le portail de son domaine.
Dimitri était un rentier, et surtout prêteur sur gages. Un vrai gratte-sous sans aucun complexe. D'ailleurs, Albert avait du retard dans ses remboursements.
Dans la soirée, Dimitri revint en calèche et vit de loin une silhouette contre le portail de sa propriété.
- Ah, pensait-il, j'attends personne. C'est certainement un voleur qui veut me voler ma cassette. Peut-être même un débiteur qui cherche sa reconnaissance de dettes pour ne plus payer ! Il arrêta la calèche et se glissa doucement vers le portail, saisit un morceau de bois, sauta sur la silhouette et donna un énorme coup sur la tête.
Il regarda un peu mieux pour voir qui était l’individu et reconnu immédiatement Olivier. Le vagabond à qui il donnait parfois un bon bout de vieux pain destiné normalement à ses lapins et cochons, mais tout de même encore bien consommables. Même sa servante en mangeait, et elle était bien heureuse avec ça.
Bref, il constata qu' Olivier était mort, bien mort.
C'était difficile de décider quoi faire. Finalement, il traînait Olivier à la rivière où il l'a mis contre un gros rocher. Il se promettait de ne rien dire à personne, même pas à sa servante et encore moins à sa femme.
Le lendemain, il demandait à son jardinier Fortuna d'aller au village pour chercher du pain pour le déjeuner, et du vieux pain pour ses animaux. Fortuna porta sur son dos un grand panier en osier. Il n'avait pas le droit de prendre la belle calèche de son patron, aussi partait-il à pied tout en sifflant une belle mélodie. Il faisait beau et il aimait se promener au bord de l'eau. Il longea le chemin de halage de la rivière au lieu du chemin habituel, quand il a vu assis contre un rocher Olivier le vagabond.
Hey, Olivier ! s'écria-t-il, mais Olivier ne répondait pas Il est sûrement en train de roupiller, pensait-il, et il ramassait une pierre pour la lancer devant Olivier dans l'eau.
Mais, bon Dieu quelle horreur ! La pierre rata sa course et frappa Olivier en pleine tête, et Olivier tomba dans l'eau. Fortuna se précipita vers le bas pour tirer Olivier sur la berge, mais grande angoisse, Olivier ne bougeait plus ! Il était bien mort ! Probablement noyé parce que tombé dans l'eau par ce caillou qu'il avait lancé !
Il pesait le pour et le contre d'aller voir le prévôt et déclarer son forfait involontaire. Mais est-ce qu on va le croire ? Il décida donc de ne rien dire et il traînait le corps en traversant le chemin pour le camoufler dans les buissons. Dès qu'il fut de retour sur le chemin, il aperçut au loin deux hommes qui arrivaient ! Il marchait très vite sans se retourner d'où il venait.
Les deux hommes revenaient de la ville. Ils avaient un gros panier de pain volés dans la ville à la boulangerie pour les vendre dans le prochain village où il n'y avait pas de boulanger. Aussitôt qu'ils virent Fortuna, ils cachèrent rapidement le grand panier de pains dans un bosquet au bord du chemin et continuaient de marcher en souriant. Ils s’apprêtaient à revenir plus tard pour prendre le panier et faire leur commerce.
Une fois les deux hommes hors de vue, Fortuna décida de retourner pour voir si les deux hommes n'avaient en rien remarqué ce qui concerne Olivier.
Et … à sa grande surprise, il trouva le panier de pains.
Ça... ça tombe vraiment à point ! pensait-il, et il chargea les pains dans son propre panier. IL mit Olivier dans le panier des voleurs, le couvrit avec du pain et des chiffons et rentra chez lui.
Un peu plus tard, les voleurs étaient revenus pour ramasser le panier avec des pains. Ils se disaient entre eux :
- C'est plus lourd que je pensais, nous avons fait une bonne prise. Mais quand finalement ils furent à la maison, ils ont découvert avec stupeur ce qui était dans le panier ...le cadavre d'Olivier !
- Oh, bonne mère que faut-il faire maintenant ?
Ils décidèrent d'attacher Olivier sur un cheval. Ils donnèrent au pauvre animal un grand coup sur la joue et tirèrent fort sur ​​la queue. Le cheval était si effrayé qu'il se mit à galoper. Les voleurs couraient après le cheval en criant

- Au voleur, au voleur! L'un d'eux tira avec un fusil en l'air. Le cheval a été encore plus effrayé et a disparu à jamais.

Olivier et le cheval n'ont jamais été retrouvés. Seulement, si vous êtes en soirée dans les montagnes et que vous entendez le ploc ploc d'un cheval, les gens se disent entre eux :
- Le voilà , c'est Olivier, le voleur de cheval ! C'est avec cet homme que nous avons partagé notre pain quotidien !