Samuel était triste. C'était le jour de l'entrée en classe CM 1. Cette année sa mère avait décidé de le mettre en internat.
Elle s'occupait seule de son fils, puisque le père était parti définitivement voir ailleurs. Samuel n'avait pas envie d'aller en internat, mais maman travaillait à des heures variées comme caissière dans une supermarché.
Le salaire ainsi gagné ne permettait pas de payer la nounou. L'internat était pris en charge par des dons et autres mécènes.
Plus tard, il avait compris qu'elle avait autant de peine comme lui. Il y avait une lueur particulière dans ses yeux : elle pleurait sans bruit, tout en douceur. La vie de Samuel allait changer radicalement en entrant dans cet endroit horrible. C'était un bâtiment d'aspect maladif imposant dont l'image horrible le hante encore à ce jour.

A l'intérieur, c'était austère, aride. Son seul mobilier était le sourire diablement espiègle fixé sur le visage de l'homme qui s’était approché dès que Samuel et sa mère franchissaient la porte.
- Bonjour, dit il et il tendit sa main à ma mère, mon nom est Arthur Hilter. Je suis l'enseignant principal de votre fils. Il caressait furtivement la chevelure de Samuel et lui disait avec un faux sourire :
- Nous avons une femme de service ici qui sait couper les cheveux. Je crois qu'ils sont un peu longs. Nous aimons bien l’uniformité ici. Samuel ne comprenait rien, pourquoi sa mère ne disait rien ? Elle l'avait dit hier encore qu'elle aimait beaucoup sa chevelure avec ses belles boucles. D'ailleurs à part sa mère, personne n'avait le droit de les toucher.
- Maman, s'il te plaît, je veux rentrer chez moi, supplia le petit garçon avec la voix cassée par les émotions. Monsieur Hilter sourit, et se mit à genoux devant lui pour être à son niveau. Il attrapa ses épaules dans un élan comme un geste rassurant :
- Et moi je pense que tu te plairas ici. Tu travailles bien, tu écoutes ce qu'on te dit et tout ira bien pour toi. Samuel ne répondait pas, il était complètement terrifié. Il tourna la tête vers sa mère et supplia encore une fois :
- Maman, partons maintenant, je ne veux pas rester ici ! Il essayait  de se tourner vers la porte, mais Monsieur Hilter n'avait pas renoncé à son emprise sur ses épaules. Sa mère se pencha et l'embrassa tendrement sur le front, lissa ses cheveux et souriait faiblement.
- Au revoir, mon fils, je viendrai te rechercher vendredi soir. Elle se leva et se dirigea vers la porte. Elle ne regardait pas en arrière. Elle l'avait laissé là-bas avec ce type et pendant un moment, la pensée entra dans son esprit qu'il ne pourrait plus jamais la revoir. Monsieur Hilter l'avait pris par le bras.
- Maintenant, nous allons voir les camarades de classe. Ils entraient dans une grande chambre. Il y avait un peu plus de quarante enfants là-dedans, chacun d'entre eux était devenu instantanément sobre en voyant Monsieur Hilter.
- Je vous présente Samuel, le dernier entré de ce matin. Désormais, vous faites tous partie de la classe Hilter. Pourquoi Hilter ? C'est simple, c'est mon nom. Vous pouvez m'appeler Maître ou Monsieur Hilter.
Il joignit ses mains, pour créer un effet solennel et leur dit de le suivre avec un cahier et la plume pour faire des exercices d'écriture.
Résignés à leur sort, la classe migrait docilement derrière Monsieur Hilter vers le local de la classe. Désireux de s'éloigner de Monsieur Hilter le plus possible, Samuel s'installa au fond de la classe à côté d'un garçon qui s'appelait Pierre.
- Il nous fait travailler comme des chiens, confiait Pierre. Ça fait un an que je suis ici. Je suis épuisé.

Monsieur Hilter s’arrêta devant Samuel et Pierre et tapa fortement avec sa règle en bois sur leur banc :
- Je n'ai pas permis de parler ! Donc silence. Prenez tous votre plume et votre cahier. Vous allez copier ce que je vais écrire sur le tableau.
Samuel sanglotait :
- Je veux ma maman ... 
- Ne dis pas ça! Murmura Pierre, le saisissant par le bras. Je te jure qu'on se barre d'ici. Nous allons retourner à la maison pour voir nos mamans. Ils n'ont pas le droit de nous enfermer ici !
Pendant les cinq minutes de récréation et pause pipi, Samuel demanda :
- Comment on va faire ?
- Tu vas voir, nous allons échapper à cet enfer.
- Oui, mais comment ?
L'ombre d'un sourire, le début d'un espoir, vacilla sur le visage de Samuel
- Comment ? C'est simple. Tu vois la porte ? C'est ouvert. Il suffit de courir très vite. Allons-y. maintenant sans bruit et fais-toi encore plus petit pour qu'il ne nous voit pas.
Ils glissaient furtivement vers la porte.
- Nous y sommes presque, Samuel, on va le faire!
- Où allez-vous, les gars ? Monsieur Hilter se plaçait devant les garçons.
- Nous ... . .. euh ... ils bégayaient, en pensant aussi vite qu'ils le pouvaient.
- Je vais faire pipi. Répondait Samuel. Pierre me montre où sont les toilettes.
- Tu peux aller au w.c., mais t'as pas besoin de Pierre. Je vais t'accompagner moi-même.
Docilement, Pierre, la tête penchée, prenait son chemin vers les fosses de l'enfer avec les codétenus.

Lorsque Monsieur Hilter et Samuel arrivèrent à la salle de bain, le garçon zippa la fermeture de sa braguette, debout devant l'urinoir. C'était la première fois qu'il faisait pipi debout devant un urinoir. Il n'avait pas encore appris à viser, aspergeant copieusement les murs à côté de l'urinoir.
- Monsieur Hitler, je suis désolé ...
- Hilter. Je m'appelle Monsieur Hilter ! H.I.L.T.E.R. !! Souviens-toi de ça !
- Monsieur Hilter, combien de temps je dois rester ici ?
- Eh bien, ça dépend. Quelle quantité de jus as-tu bu ce matin ?
- Non, je veux dire combien de temps je dois rester dans cette école ?
- Pourquoi cette question ?  Toute l'année, bien sûr, sourit Monsieur Hilter malicieusement, chaque jour sera tout aussi amusant que cette journée.
Samuel retrouva Pierre et lui déclara solennellement :
- Nous allons mourir ici, Pierre. Tout espoir est perdu. Nous ne reverrons jamais nos mamans. C'est notre destin. La fatalité. Mais quelle surprise, Samuel regarda avec stupeur le visage de son ami avec un sourire de joue en joue ...
- Maman ! cria Pierre, t'es revenu me chercher ? Samuel se retourna vers la porte, et l'image même d'une déesse apparut. C'était la mère de Pierre, la tête de son fils enfouie dans son ventre et les bras autour de sa taille. Et, juste derrière elle ...
- Maman !  Samuel se jeta dans les bras de sa mère aussi vite qu'il pouvait et murmura tendrement je t'aime maman, je t'aime, je t'aime, je t'aime, ne me quitte plus jamais !
- Tu sais que je ne ferais jamais ça, disait-elle le tenant fermement apaisant ses angoisses.
- Ce soir, je suis venu te chercher parce que j'ai fini plus tôt avec mon travail. La maman de Pierre aussi. Nous travaillons toutes les deux dans le même supermarché.
Sa mère l'avait livré au diable lui-même, et il ne voudrait plus jamais revenir dans les griffes de Hilter.. Monsieur Hilter se dirigea vers eux et avec une fausse bonhomie :
- Alors, en même temps demain ? Ce soir-là Samuel raconta à sa mère que Monsieur Hilter s'était fâché quand il se trompait en l'appelant Hitler.
- Je ne comprends pas maman, pourquoi il se fâche pour ça. 
En réponse, sa mère décida de raconter la vie de Adolf Hitler. Après environ une heure, la bouche sèche et un crépitement dans le son de sa voix, il demanda à sa mère :
- Sommes-nous d'origine autrichienne ?
- Non, mon garçon, nous ne sommes pas autrichiens
Heureux, mais insatisfait, il poussa plus loin :
- Alors nous sommes tchécoslovaques ?
- Mais non ...
Il soupirait de soulagement, mais ce n'était pas encore assez :
- Ou polonais peut être ?
 - Non.
- Russe ?
- Mais non. Ne te fais pas de soucis ! Elle essuyait la sueur de son front.
- J'ai compris, nous sommes juifs !!
Le lendemain Il ne protesta plus pour retourner à l'école en internat.
Il se sentait fort. C'était comme il se sentait investi d'une mission