Un papillon éphémère sachant qu'il mourra à la fin de la journée, ne voulait pas qu'il meure seul et ignoré comme c'est l'usage pour les papillons éphémères.
Il décida de s'occuper toute l'unique journée de sa vie à communiquer avec les autres animaux et insectes. Il leur dit qu'il aimerait qu'on prenne congé de lui.
Jamais les autres vivants ont pris la peine de faire l'adieu à un papillon éphémère. Il n'y avait aucune raison que cela change pas.

Le premier arrivé c'était l'escargot.
- C'est triste que tu nous quittes aussi vite, mais sache que, où tu ailles, tu seras chez toi ! Ému par ces belles paroles, le papillon remerciait chaudement son ami l'escargot.
Toute la journée les animaux et autres insectes se suivirent pour lui exprimer leur tristesse en prévision de sa mort. Surtout que la beauté de ses ailes n'avait pas de pareil dans la contrée. Puis vers le début de la soirée arriva le dernier animal. Juste avant le coucher du soleil.
Le papillon commença à sentir la fatigue monter dans son corps fragile. Il commença aussi à souffrir d'absences d'esprit significatives. Le dernier c'était une grenouille. Il voyait bien qu'il n'y avait pas de temps à perdre.
- C'est vraiment dommage, dit-il, Je te propose de soulager tes peines. Tu ne mérites pas de souffrir comme tu souffres !
- Je te remercie de tout mon cœur (le papillon était tout ému), mais comment tu penses me soulager ?
- c'est simple, répondit le grenouille, tu vois, je te propose ma langue bien dodue, tu t'installes et tu n'as plus besoin de battre tes ailes en permanence pour ne pas perdre l'équilibre. Le grenouille sort sa langue fort longue, douce à souhait et attrapa le papillon. La souffrance palliative du papillon était abrégée. Le grenouille avait avalé le papillon.

Sous une goutte de rosée de la matinée un papillon s’apprêtait à naître en se déshabillant de sa carapace de larve.

Il regarda autour de lui et se disait :
- Je vais bientôt mourir. Il faut que j'avertisse mes amis pour se dire adieu ....