Quelqu'un avait couché la bouteille vide. Simplement sur le coté en prenant soin de bien caler puisque une bouteille est, comme tout le monde sait, généralement ronde.
Nous étions beaucoup, peut-être trente, peut-être même trois cents. Je n'ai pas compté. Tout dépend les déclarations des compteurs officiels et médiatisés.

Le goulot était ouvert. Quelques malins et imprudents avaient mis une échelle pour accéder au goulot. Curieux de savoir à quoi servait la bouteille avant d'être vidée.
Ils accrochèrent une autre échelle, souple, pour la dérouler jusqu'au ventre plat de la bouteille.
Nous étions très malins, et prévoyants.
Je dis nous, parce que je faisais équipe avec les explorateurs du ventre de la bouteille.
Sauf que je n'ai pas pu descendre de suite.
Une indisposition m’empêchait de partager le bonheur de cette expérience hors norme.

Le ventre de la bouteille commençait a être bien rempli. Chacun et chacune des explorateurs regardaient autour de soi en prenant bien note de toutes les découvertes. Comme entre autres le degré de l'arrondi du paroi de la bouteille.
Il était évident que le créateur de la bouteille devait être gigantesque, puisque la bouteille pouvait contenir un très grand nombre d'explorateurs et autres curieux.
L'utilisateur de cette bouteille devrait être un Géant hors norme.
C'est que nous nous disions. Personne n'avait vu en réalité le personnage.
Les discussions allaient bon train. La grande difficulté était que nous avions perdu le contact avec l'extérieur, puisque le signal G ne passait pas. Que cela soit le 2, 3 ou 4G.
Il y avait bien l'échelle, mais quelqu'un l'avait décrochée, quand il était remonté en fraude. Il fallait demander l'autorisation au chef du peuple de la bouteille pour sortir individuellement.

Le peuple ainsi embouteillé pria toute la journée et parfois aussi la nuit. Rien n'y fut. Nous étions au creux de la bouteille et en toute vraisemblance, nous y resterions. De toute façon le chef du peuple embouteillé ne donnait pas son accord. Lui et ses acolytes avaient les meilleures places. Les conditions de vie des moins nantis n'avaient pas la priorité de leurs occupations.

Entre temps le grand Manitou avait redressé la bouteille en position débout.
Tout le monde se bousculaient au fond, surface bien plus petite que le flanc de le bouteille.
Il manquait de la place. Les gens se massacraient entre eux pour avoir une place au soleil, pardon au fond, pour mieux vivre. Même les chefs étaient légèrement bousculés.
Le Géant, pas aveugle du tout, puis pas sourd non plus, écoutait enfin les prières du peuple et remarquait qu 'il y avait de la vie dans sa bouteille.
Aussi, attendri par tant de souffrance, il introduisait une paille pour nous sauver.
Les plus courageux entre eux, se dévouaient d 'acheter leur place et d'apprendre comment sortir.
Il fallait passer par l'intérieur de la paille, pour que le géant puisse faire remonter tous ces gens par simple aspiration.
Une fois arrivé ils découvraient enfin le Paradis. Les gens hors-bouteille applaudissaient avec beaucoup de regards. Un souscription a été lancé pour leur venir en aide.
A la télé on créa un décapsuleton.

Le Géant estimait qu'il n'y avait plus personne à aspirer, il prenait la bouteille et la remplissait de l'eau avec un peu de sel. L'eau de mer quoi.
C'est que le Géant avait soif avec tout ce boulot. Il tourna la paille, secoua la bouteille et en buvait un peu, puis encore un peu puis encore, encore...
Le Géant se saoulait parce que la fermentation poursuivait son destin.
C'est comme ça que tout le monde pouvait sortir quand même de la bouteille, mais cette fois ci, transformé en compost pour mieux nourrir la terre.

Pour ceux et celles qui lisent ce texte, il y a bon espoir que vous faites partie des gens sortis par le bon côté. Posez-vous devant votre miroir et demandez- vous :
« Oh mon miroir, toi qui sait tout de moi et reflète mon image, dis moi qui je suis. Dis moi si j'ai pris le bon chemin ? »

Celui qui monta en fraude et avait décroché l'échelle souple, a eu très peur avec la remontée des gens. Devant une grande honte il préférait se suicider.
Les autres mouraient comme de coutume avant cette mémorable période d'embouteillage.

Pour ma part, je me demande si je suis peut-être immortel. Je vous le dirai, quand cela sera le moment de la vérité ultime.