Casimir

 L’asphalte des pluies d’été était humide sous ses pieds. Cela lui rafraîchit les orteils et le fit sourire. Il aimait le chatouillement de ses pieds, ses pieds difformes et quasi inaptes à des chaussures dignes de ce nom.
La chaleur de la lumière du soleil éclairait son visage, il aimait ça. Un cycliste passait dans la rue, il agita avec enthousiasme la main vers l'homme sur le vélo.
Celui-ci hésitait pour ne pas tomber, et continuait à pédaler rapidement. Probablement pressé d’aller vers les quartiers plus habités.

Le rire avait disparu du visage de Casimir. Le sol ne lui chatouillait plus les orteils mouillés.
Il tomba à plat sur le sol et se cacha le visage de douleur. Au loin, quelques gens qui traînaient par là, criaient fort des paroles incompréhensibles. Peu à peu, les voix se rapprochaient.
Des jeunes, pensait Casimir, pas très à l’aise. Il avait des difficultés à se lever seul.
Lentement, il leva la tête, ses yeux effrayés regardaient le contre-jour. Il essayait de voir au-delà, mais seulement quelques ombres étaient visibles.
Casimir n’était pas sauvage,  il aimait bien les gens qu’il rencontrait sur le chemin de la vie. Mais en même temps cette fois-ci il ressentit une peur intense. Les gens pouvaient être cruels envers lui.
Parfois, ils se moquaient, quand lui et ses nu-pieds difformes marchaient à travers la rue de la ville et ses dents pourries se mettaient à rire.

Lentement, il se leva. Sa curiosité l'avait forcé, malgré la peur. Il a rampé sur le trottoir et s'affaissa contre le mur d’une bâtisse. Il se mit même à sourire en écoutant les rires et les cris des gens qui s’approchaient. Toutes ces émotions l'amusèrent même. Et comme souvent, il en oublia le danger. Puis, un silence. Quelqu'un l’avait vu et attira l'attention des autres. Des garçons et des filles. À des âges impitoyables, à des âges où l'on refuse de comprendre l’autre en dehors de sa propre bande. Il y avait des chuchotements. Casimir se retourna et murmura :
- Laissez-moi,  je vous ai rien fait. Qu’est ce que vous me voulez ?
Le plus grand garçon faisait signe :
- Viens approche toi !

- Viens, qu’on voit ta tronche !
Casimir se mit à sourire. Son esprit simple ne pouvait pas comprendre ce qu'il y avait derrière ces mots. Il se leva lentement et se dirigea péniblement autant que ses douleurs le lui permettaient.
Tous se taisaient. Ils se regardèrent et tout à coup, ils coururent tous en même temps sur le type et le tirèrent au milieu de la rue, les pieds chancelant, glissant sur l’asphalte lissé par le trafic. Le sourire de Casimir se figea sur son visage et faisait face à l'expression d'une indicible terreur.
La meute se divisa en deux parties, l’empêchant de revenir sur le trottoir.  Casimir se trouvait en contre jour au milieu
de la rue.

Renversé par une camionnette, Casimir ne se relèverait plus jamais. Les premiers badauds sur place étaient des acteurs d'agression.

- Putain, se disaient-ils,
- pauv’gars, c’est con de finir comme ça