Anneke

A dix-huit ans, j’avais opté de rentrer dans l’armée. J’étais volontaire pour participer à un test « armée-études ». De toute façon, je n’avais pas tellement envie d’attendre le moment où l’armée aurait envie de m’incorporer.

J’avais l’opportunité d’avancer les choses et la possibilité de devenir gradé. Être gradé apporte des avantages que le soldat sans grade ne peut obtenir.
J’étais stationné dans le nord du pays à quelques heures de train.
Au début de ma vie militaire, j'ai fait comme tous les appelés et engagés volontaires « la classe ». Après 6 semaines de plaisanterie, j’ai eu droit à mon premier vrai week-end avec une permission de trois jours. C’est-à-dire soixante douze heures.
Le lendemain ma copine Anneke et moi, nous partîmes à la plage au bord de la Mer du Nord.
Nous étions venus en train. Ce jour-là, il faisait chaud, très chaud à Zandvoort, et moi très excité par la beauté de ma copine. Je la voyais pour la première fois en maillot de bains.

Elle était époustouflante avec ses cheveux longs. En plus, elle avait des yeux bleus, une exception pour une fille avec des cheveux noirs.
Nous étions installés sur nos serviettes dans les dunes un peu en retrait de la plage même. Au début, nous allions nous baigner dans une eau relativement fraîche comme de coutume en Hollande. C’était agréable, d’autant plus que le soleil nous plombait énergiquement.
Après le bain, nous nous étalions sur nos serviettes et nous commencions à nous embrasser. Autour de nous, il n’y avait personne pour nous observer. Je m’étais mis à coté d’elle. Je lui caressais le dos, je jouais avec ses cheveux épais et doux.
C’était, disons, excitant. Elle était irrésistiblement belle. Elle avait des seins provocants. Le tissu de son maillot ne laissait rien au hasard. J’étais en même temps mal à l’aise, l’effet de mes désirs commençait à donner des signes visibles. Anneke l’avait remarqué. Elle souriait et me disait :
- Ssst, doucement, pas ici. Je ne suis pas prête.
- Pourquoi ? Personne ne peut nous voir ici.
- Je le sais, c’est moi qui ne veux pas.
- Alors, tu ne m’aimes pas ?
- Mais si, je t’aime. Et si toi aussi tu m’aimes, tu n’insistes pas.
- Mais on n’est pas obligé de le faire, on peut faire autre chose, repliquais-je. 
Aussi je commençais à caresser le haut de ses jambes,
- tu vois, je te caresse seulement, ça ne va pas plus loin.
- Bertus, arrête, tu n’as pas le droit de faire ça. Moi aussi, je peux avoir envie, et je ne veux pas. Pas ici en tout cas. Peut-être ailleurs, dans quelques temps.

Visiblement Anneke, n’avait pas l’intention de perdre sa virginité dans les dunes de Zandvoort. Il n’y avait rien à faire, je n’étais pas raisonnable. Et au bout de trois heures de tactiques d’approche et des câlins interrompus, Anneke s’était levée et déclara :
- Je veux rentrer. Maintenant. Ma patience a des limites. Tu exagères.
Déçu, mais pas moins amoureux comme un jeune homme vigoureux de dix-huit ans peut l’être, je la suivais et nous partîmes pour la gare.
Les difficultés se sont manifestées à ce moment. J’étais brûlé par le soleil sur le dos et les jambes. Ma peau était cuite rouge crustacé, d’un côté avec des lamelles de peau, et normal de l’autre. J’étais couché presque tout le temps sur le ventre pour camoufler l’expression de ma virilité refusée.
Je ne m’en n'étais pas aperçu dans l’excitation du moment, une fois sorti de l’intensité de notre étreinte, la réalité m’a fait comprendre que j’avais mal et je supportais à peine mes vêtements. Dans le train, c’était le calvaire des martyrs. En ce temps, il y avait encore des trains avec des ressorts rgides et les bancs en bois, très peu confortables.
Pendant que le train chantait sur les rails, à chaque mesure mon corps lapidé donnait la réplique avec une fausse note. J’avais de la fièvre.
Anneke ne pouvait pas faire grand chose, sauf me dire qu’elle était désolée. Et puis si j‘avais été plus raisonnable …. Avec sa peau mate, elle ne risquait pas grand chose. Par contre moi, un blond-rouquin …
Elle s’était tue. C’était mieux. Par miracle nous arrivions à la maison chez mes parents. Mon père n’était pas là. Il était dans son garage à quelques pas de la maison, chargeant sa camionnette pour le marché de lendemain.
J’expliquais à ma mère le problème, et je lui annonçais que je ne retournerai pas à la caserne. Je ne voulais pas ni ne pouvais enlever la chemise. Le tissu était collé contre la peau.
Ma mère refusa de me garder, et me dit avec fermeté que mon devoir était d’être à l’heure. Et puisque j’avais mal et de la fièvre, il valait mieux que je prenne le train sans attendre. C’est ça ma mère. Quand on s’engage, on tient parole. C'était son esprit de discipline.
J’avais une permission de soixante douze heures et pas d’avantage. Et puis, elle avait en horreur des emmerdes inutiles.
J’ai demandé au voisin de bien vouloir me ramener à la gare.
Je n’avais même pas envie ou peut-être peur de déranger mon père et le transport en commun n’était pas tellement une bonne solution.
Arrivé devant la gare j’allais de plus en plus mal. Mon voisin me proposa de me ramener à la garnison de ma ville, pour que je puisse consulter le médecin militaire de garde.
Le toubib un colonel, m’a hospitalisé immédiatement. J’étais brûlé au deuxième degré. Je suis resté près de quatre semaines à l‘infirmerie. Ma mère me jura qu’elle regrettait de m’avoir mis à la porte dans cet état. Elle ne m’avait pas trop cru. Elle pensait que je souffrais d’un simple coup de soleil et que je prétextais ces excuses pour ne pas retourner à mon régiment, Anneke, encore au lycée était en vacances scolaires.
Le médecin colonel m’avait en plus octroyé un congé maladie à domicile de deux semaines. C’est donc environ six semaines plus tard que je me suis à nouveau présenté à mon unité.
Mon capitaine était un type malsain, arriviste, trop jeune. Ce trou de cul d'à peine 26 ans remplaçait en fait le commandant en titre. A mon arrivée, il m’avait fait appeler au rapport dans le bureau du commandant et sans aucun scrupule humanitaire il m'a infligé une punition de six semaines sans permission de sortie. J’étais consigné dans la chambrée les soirs et week-end et obligé d’effectuer divers travaux de nettoyage pendant que mes camarades pouvaient sortir.
Le motif de cette injustice était que j’avais mis en danger ma santé sans réfléchir et de ce fait, je m’étais privé de mes obligations militaires envers mon pays.

Quant à Anneke, elle ne m’avait pas attendu, elle avait trouvé un autre copain.